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 Role Play

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Jeune Millitant

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MessageSujet: Role Play   Dim 1 Juil 2007 - 8:54

Voila je propose de mettre ici toutes nos petits essais d'écritures ou histoires inventée au jour le jour.
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Jeune Millitant

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MessageSujet: Re: Role Play   Dim 1 Juil 2007 - 8:56

Je demande de l'indulgence de la part des Internautes Very Happy
Voila j'ai écrit ce petti texte dans un élan de déprime il y a environ 9 mois.
_________________________

La solitude chronique
C’est l’histoire d’un homme, homme parmi les hommes. Minuscule être humain au milieu de la fourmilière humaine. Cet homme ne se différencie que très peu du reste de sa race. C’est un hère démuni, victime de la bêtise humaine. Il se nomme Pierre comme des millions d’autres. Pierre comme un rocher immobile. Pierre est ce que l’on appelle hypocritement aujourd’hui un SDF ou un « demandeur d’emploi ».

Il vit à Paris et plus précisément dans le 19ème arrondissement. Sauf que son habitat se résume dans quatre planches de bois encastrées de façons à faire un abri. Pierre n’est pas un exclu de la société c’est une victime de la société. Il a fait ce qu’on nomme un cursus prestigieux : un lycée général, le bac réussit avec mention, des études de droit, un diplôme… tout pour réussir dans la vie. Seulement Pierre n’a qu’un seul handicap, il est gros. En surcharge pondérale pour les puristes. Une victime de la discrimination raciale pour les politiciens et l’exemple même du déclin français. C’est pourquoi, quand Pierre alias Pierrot, entend qu’un homme présomptueux affirme que plus un seul « clochard » ne déambulera dans la « France qui travaille », Pierrot, incrédule, y croit dur comme fer et songe à des jours meilleurs. Un vulgaire HLM en banlieue, à manger tous les jours, une reconnaissance et un travail comme plombier dans un garage minable. Voila à quoi aspire Pierrot après des années d’études. Voici donc le quotidien d’un homme, homme parmi les hommes, noyé dans l’indifférence humaine et dans la politique menteuse…


*

Lundi 5 janvier : réponse à une demande d’entretien de Pierre Lamare

Lettre envoyée au centre social de Paris 19ème arrondissements

Chère Monsieur Lamare. Suite à votre lettre très motivée de demande d’entretien dans mon entreprise de nettoyage, j’ai le plaisir de vous annoncer qu’étant donné votre honorable curriculum vitae je vous invite à me rencontrer le Mardi 6 janvier à 10h00 rue de France.

Pierrot était comme d’habitude très content de recevoir une de ses rares lettres d’encouragements. Mais comme d’habitude aussi, il en connaît la suite.

Pierrot, veut pour cet entretien d’embauche paraître le plus beau possible pour avoir pour une fois une once d’espoir d’être pris en CDI. Il se rend chez un magasin « Quik Silver » avec son RMI en poche. Il achète un fabuleux ensemble constitué d’une chemise noire et d’un jean qui, d’après la publicité, porte chance et aminci. Il va ensuite dans un magasin de parfum pour homme acheter un « umbro » qui, parait-il porte chance. Et pour finir il file au super marché acheter un paquet de chewing-gum haleine fraîche qui parait-il dégage une haleine irrésistiblement fraîche à laquelle personne ne résiste. Tout cela dans la même journée du Mardi 5 Janvier. En rentrant de ses courses mondaines, il lui reste à peine de quoi s’acheter à manger pour le soir.

Le lendemain, Pierrot se lève tôt, bien décidé cette fois à obtenir ce travail. A 8h30 il quitte son carton et se dirige vers cette rue de France.

Il suit ses indications et arrive devant un imposant bâtiment atrocement délabré qui porte une enseigne miraculeusement intacte sur laquelle il est écrit « le travail avant tout! »

Pierrot entre indécis vers ce qui pourrait ressembler à une entrée. Il entraperçoit alors un bureau seul au milieu d’un désordre monstrueux. Il frappe. On lui intime d’entrer, ce qu’il fait craintivement. Il essaye de surmonter sa peur et s’avance plus dignement vers un homme, grand, plutôt âgé,vec une moustache irrégulière qui surplombe un menton pointu et velu. L’homme, sans dédaigner un regard vers son interlocuteur s’esclaffe :

« Ah ! C’est vous dont j’ai reçu la lettre ? Bravo mon garçon c’est très prometteur… »

L’homme releva enfin la tête pour apercevoir à sa grande détresse une boule de masse graisseuse blanchâtre qui le regardait timidement.

« … Mais malheureusement le travail est déjà prix. Je suis vraiment désolé monsieur je l’ai donné à une jeune femme hier soir.

Pierre qui n’avait encore pas prononcé le moindre mot murmura péniblement :

« Oui je comprends monsieur désolé de vous avoir dérangé… »

Et pour la millième fois, Pierrot était « soi-disant » arrivé trop tard. Et toute la chance du monde ne lui avait été d’aucun secours. Et son haleine formidablement fraîche n’avait même pas été sentie de son interlocuteur.

Pierrot s’en retourna penaud, triste et désemparé.

*

En arrivant devant son carton Pierrot ne pus en croire ses yeux : son carton était renversé et lus rien ne dépassait de son fond. On lui avait volé tous ce qui lui restait. Argent, habit, souvenir…

Là, une insoutenable envie vint à Pierrot ; l’envie d’en finir. De mettre fin à ses jours. Arrêter ici son amer existence. Des larmes de désespoir coulèrent de ses yeux, ses derniers se fermèrent, ses poings se serrèrent. Il avait pour la première fois perdu tout espérance. Pierrot se dirigea vers le pont Mirabeau plus solitaire que jamais, remplit d’amertume et de chagrin, il monta sur le rebord du pont, regarda une dernière fois le soleil qui jamais n’avait éclairé ses jours. Il observa l’eau de la Seine, limpide, mais d’une sombre clarté. Puis, songeant une vaine fois à sa vie lacrymale, il saute. Plongeant vers la mort et plongeant dans l’oubli.


*

Le soir au journal télévisé parmi les faits divers voici les fractions de secondes que des regards, indifférents et ignorants regardèrent :

Aujourd’hui les autorités auraient repêché par hasard un corps inanimé d’un homme d’une quarantaine d’années. On ignore encore les causes de son décès.


Et voila comment, traités comme de vulgaires poissons meurent chaque année plus de 10 500 personnes.

Je n’espère pas, en racontant cette histoire, commune à tant d’autres, faire réfléchir les lecteurs, ou les inciter à une once de solidarité envers des gens, abandonnés par les hommes et abandonnée par la vie. Mais simplement leur ouvrir les yeux sur un monde où les obèses, les Noirs, les Arabes, les étrangers, les homosexuels, les dépressifs, les handicapés, les chômeurs, les SDF, les malades mentaux, les ouvriers, les orphelins… sont écartés, rejetés de la société et de la vie en collectivité. Et dont l’indifférence collective rompt leurs dernières forces et leurs derniers espoirs d’intégration jusqu’à l’abandon de soi.
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MessageSujet: Re: Role Play   Mar 3 Juil 2007 - 12:28

c'est ...
trés bien, rien à dire, bien écrit, intérressant, parfait.
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Jean-Luc

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MessageSujet: Re: Role Play   Mar 3 Juil 2007 - 14:08

J'avais déjà voulu poster un texte il y a quelques mois (sur Alliance Orange, cependant je crois que les limites sont les mêmes), mais je m'étais fait jeter pour cause de texte trop long.

Un modo pourrait-il indiquer la taille maxi d'un post, que je le découpe de manière idoine sans devoir tâtonner ?
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MessageSujet: Re: Role Play   Mar 3 Juil 2007 - 14:44

sinon il y à un moyen simple

tu crée un site sur un hébergeur
tu poste ton texte et tu nous donne ton lien dans ce topic
cela irait il à l'admin?
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Jean-Luc

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MessageSujet: Re: Role Play   Mar 3 Juil 2007 - 15:13

vincent15 a écrit:
sinon il y à un moyen simple

tu crée un site sur un hébergeur
tu poste ton texte et tu nous donne ton lien dans ce topic
cela irait il à l'admin?
Des sites, j'en ai plusieurs, mais comme c'est un texte qui devrait également paraître dans un livre, je préfère qu'il soit ici simplement dans un ou plusieurs messages, surtout pas avec un lien « public ».
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MessageSujet: Re: Role Play   Mar 3 Juil 2007 - 17:04

Jean-Luc a écrit:
J'avais déjà voulu poster un texte il y a quelques mois (sur Alliance Orange, cependant je crois que les limites sont les mêmes), mais je m'étais fait jeter pour cause de texte trop long.

Un modo pourrait-il indiquer la taille maxi d'un post, que je le découpe de manière idoine sans devoir tâtonner ?

aucune idée désolé. je tatonne moi aussi.

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Jean-Luc

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MessageSujet: Re: Role Play   Mar 3 Juil 2007 - 18:42

Le bout du chemin


Jean-Luc Blary


Il se réveilla sous l’emprise d’un sentiment d’urgence.
Ses yeux s’ouvrirent sur le spectacle du ciel diurne partiellement caché par les ramures des arbres. Un instant désorienté (Mais que fais-je dans une forêt ?), il remit rapidement de l’ordre dans ses pensées et se rappela où il était.
Il venait de passer la nuit sur la butte du parc de la ville. Dans un lieu fermé au public à ces heures, et en outre caché au milieu d’une zone boisée, il avait pu se détendre un peu et profiter d’un sommeil réparateur, quoique insuffisant. Une chance que la saison ne fût pas trop fraîche.
Se redressant prudemment, il scruta du regard l’arrière du parc, la limite la plus proche de lui. Il n’y vit rien d’anormal. Puis il reporta son attention de l’autre côté, vers l’entrée principale.
Ils étaient là, derrière les grilles. Apparemment tout un escadron, bien reconnaissable même à plusieurs centaines de mètres. Les uniformes noirs et les casques à monoculaire ne trompaient pas.
Son cœur manqua un battement : ils l’avaient retrouvé, ils étaient venus le chercher, c’était fini…
Il regarda de nouveau l’arrière, avec une attention accrue. Non, il n’y avait vraiment rien de ce côté. Son rythme cardiaque s’apaisa un peu : il n’était pas encerclé, il ne s’agissait donc que d’une « battue ».
Il se laissa glisser jusqu’à être certain de ne plus risquer qu’un des policiers ne l’aperçoive, puis il fila à toutes jambes vers la clôture en veillant à maintenir la petite éminence entre lui et eux. Il escalada la grille et se laissa retomber dans la rue.
Un coup d’œil à gauche, un coup d’œil à droite. Quelques rares passants, mais aucun uniforme en vue. Après avoir remis en place son couvre-chef, le rabattant un peu plus que nécessaire vers l’avant afin de masquer autant que possible ses traits sans donner l’impression de vouloir se cacher, il traversa la chaussée pour gagner l’autre trottoir et commença à longer les immeubles d’habitation en se forçant à ne pas donner d’impression de hâte. Moins on le remarquerait, mieux ce serait.
Deux silhouettes surgirent à l’angle du parc : des policiers.
Se cacher, vite ! Si l’un ou l’autre posait le regard sur lui, son image serait transmise au réseau, leur système l’identifierait en quelques secondes et ce serait la curée.
Là, devant. À même pas vingt mètres, quelqu’un tapait sur un digicode. Se faisant violence pour ne pas courir ni même allonger le pas, le fugitif parvint à l’atteindre alors que la porte vitrée venait à peine de s’écarter.
— Bonjour, lança-t-il à la vieille dame qui s’apprêtait à franchir le porche.
Il nota le sac à provisions en bandoulière. Vu l’heure matinale, elle venait probablement d’acheter dans une boulangerie voisine de quoi petit-déjeuner.
— Bonjour, lui répondit-elle sur un ton un peu étonné tandis qu’il lui emboîtait le pas.
Avec son portrait dans tous les médias depuis plusieurs jours, il savait prendre un risque non négligeable, qu’il s’efforça de minimiser en rabattant encore un peu plus son chapeau. Intérieurement, il bénit la mode qui avait vu ces dernières années le retour en force du borsalino et autres stetson.
Comme elle se détournait pour continuer sa marche en direction de l’ascenseur, il respira. Elle ne l’avait pas reconnu. En fait, le danger était très faible : rares étaient les particuliers qui mémorisaient les portraits – qu’ils soient robots ou photos – des individus dont on leur placardait les tronches un peu partout.
Il la suivit.
Machinalement, il tourna la tête pour jeter un œil vers l’entrée – la porte s’était refermée. Une ombre caractéristique s’y encadra : un policier ! Probablement l’un de ceux qui avaient tourné le coin moins d’une minute plus tôt.
Et il regardait dans sa direction.
Refoulant la panique qui menaçait de le submerger, il fit le point en un éclair : la porte ouverte de l’ascenseur, l’homme qui venait d’en sortir, le témoin d’appel qui clignotait, la porte qui allait se refermer avant que l’ancêtre ne l’atteigne…
Ce fut presque sans réfléchir qu’il empoigna le bras de la femme et l’entraîna à sa suite tout en disant :
— Dépêchons-nous, il va remonter !
Elle n’eut pas le temps de protester : deux secondes après, il entrait en trombe dans la cabine. La vieillarde, déséquilibrée, manqua de peu faire une chute, il la retint de justesse. Le cabas eut moins de chance. Tout son contenu s’étala, partie à l’intérieur, partie à l’extérieur. Y compris un porte-monnaie dont les pièces et les billets se répandirent – heureusement dans les limites du plancher intérieur.
— Mais qu’est-ce qui vous a pris ! se fit-il apostropher par une voix furieuse. Je ne suis pas pressée, moi !
Prenant toujours soin de ne pas se montrer en pleine lumière, il commença à ramasser le butin éparpillé (Tiens, des croissants ! Gagné !) tout en s’excusant sur un ton qu’il voulut d’humilité.
— Je suis désolé, madame, c’était un réflexe.
— Grmmf… En ramassant ma monnaie, évitez de confondre mon porte-monnaie avec votre poche, n’est-ce pas… Bon, vous allez à quel étage ? C’est curieux, vous n’habitez pas l’immeuble, ou alors vous venez d’emménager.
Juste avant que la porte ne se ferme, il jeta un regard vers l’entrée du bâtiment. Personne. Le policier était reparti. Ce fut un peu au hasard qu’il répondit, tout en cherchant une éventuelle pièce oubliée :
— Quatrième. Je suis en visite.
Elle appuya sur le bouton. Il se redressa une demi-seconde avant que la cabine ne s’ébranle.
— Tiens, c’est mon étage. Vous allez voir qui ?
Aïe !
— Euh… un ami qui vient de s’installer. Première porte à gauche, il m’a dit.
— Ah non, jeune homme ! Pas avec moi. La première à gauche, je connais bien. C’est un charmant vieux monsieur, et il y habitait encore hier soir.
Trouver quelque chose, vite ! C’est quoi déjà, le numéro de l’entrée ?
Il s’efforça de gagner du temps :
— Ah ? Pourtant je suis sûr de ne pas me tromper d’étage… (Il fit semblant de réfléchir.) C’est quel numéro d’immeuble, ici ? Je…
À cet instant, la cabine ralentit brusquement, et un vertige le saisit. Il sentit le sang refluer de son visage, et il dut s’appuyer à la cloison. Il ferma les yeux et tâcha de respirer posément et profondément.
Elle en profita pour le regarder de plus près. Une fraction de seconde, ses yeux s’agrandirent. Puis, sa compassion reprenant le dessus :
— Dites donc, jeune homme, je crois plutôt que vous cherchez un abri. Depuis quand n’avez-vous pas mangé ?
Péniblement, il rouvrit les yeux en murmurant :
— Je ne sais plus… Avant-hier, je crois…
— Bon, venez, je crois avoir acheté plus de croissants que nécessaire, autant vous en faire profiter.
Cette fois, ce fut elle qui le tira par le bras jusqu’à la porte de son appartement.
— Allez, entrez, asseyez-vous et prenez un croissant pendant que je ramène le café. Mais d’abord, donnez-moi ce que vous avez dans votre main.
L’air à la fois surpris et contrit, il déplia les doigts, révélant une paire de billets et quelques pièces.
— Ah, euh, je…
— Rassurez-vous, je pense que si vous aviez réellement eu l’intention de me délester, vous vous y seriez pris autrement. N’en parlons plus.
Le temps que son hôtesse revienne avec, sur un plateau, la cafetière fumante, deux bols, sucrier, beurrier et assortiment de confitures – bien plus tôt qu’il ne s’y attendait –, il avait déjà englouti une viennoiserie. Il se sentit tout de suite un peu mieux.
Un sourire en coin, elle lui servit un grand bol fumant, y mit d’autorité trois sucres, puis le posa devant lui.
Ils mangèrent dans un silence presque religieux, elle à petites bouchées et petites gorgées, lui se dominant pour ne pas engloutir café et croissants en quelques déglutitions.
Puis :
— Le tueur en série, c’est vous, n’est-ce pas ?
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Jean-Luc

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MessageSujet: Re: Role Play   Mar 3 Juil 2007 - 18:42

Il sursauta. Sur sa figure, les couleurs à peine revenues s’absentèrent derechef. Il réussit à balbutier :
— Oui… et non.
— Reprenez-vous, voyons. Je vous ai reconnu pendant que nous montions – après tout, votre bobine est partout, non ? –, et je n’ai pas encore sauté sur le téléphone pour appeler la police. D’ailleurs, tous les meurtres ont été commis de nuit et à l’extérieur, dans un espace vert. De jour et dans mon appartement, ça ne correspond pas au mode opératoire du tueur. Alors, dites-moi ce que signifie cette réponse de Normand ?
Ce fut avec un peu plus de fermeté qu’il expliqua :
— Oui, c’est bien moi qu’on recherche à cause de ces meurtres. Et non, je ne suis pas un tueur.
— C’est-à-dire ?
— On m’a arrêté sur la foi d’un témoin qui m’a vu penché sur la dernière victime. Mais j’ai eu beau tout expliquer en détail à la justice, personne n’a voulu me croire.
— D’après les médias, on a quand même trouvé vos empreintes sur la pierre qui a servi à défoncer le crâne de cette malheureuse.
— Je sais. Et pourtant, je ne faisais que traverser le parc, ici en face, tout de suite après l’ouverture. J’ai aperçu une forme couchée dans l’herbe, je me suis approché. Quand j’ai vu le sang par terre, je me suis penché pour vérifier si elle vivait encore.
— Et…
— Elle était morte. Je vois près de sa tête un gros caillou avec des marques rouges. Et, sans réfléchir, comme un idiot, je le soulève pour voir s’il y a aussi du sang dessous. Je réalise tout de suite ce que j’ai fait, mais c’était trop tard. Je suis resté là à me demander quoi faire, et au moment où je m’étais enfin décidé à filer, la police était là. S’il n’y avait eu que mes empreintes sur la pierre, peut-être aurais-je pu avoir le bénéfice du doute, mais avec mon casier, aucune chance. Ce qui n’a rien arrangé, c’est que j’ai dû découvrir le corps quelques minutes après l’assassinat. Le coupable était même peut-être encore dans le parc. Si ça se trouve, il a assisté à mon arrestation !
— Le fait que le premier meurtre ait eu lieu le lendemain de votre libération n’a pas dû aider à vous disculper, ajoute-t-elle.
— On ne prête qu’aux riches… commente-t-il avec un sourire jaune.
— Vous ne ressemblez pourtant pas au « délinquant-type ». Les médias ne se sont guère étalés sur vos antécédents, je suis curieuse.
Il haussa les épaules.
— Au point où j’en suis… Je suis comptable de métier. Une activité qui convient bien à mon tempérament timide et par force solitaire. Il y a six mois – j’ai l’impression que ça remonte à une éternité –, j’ai changé d’emploi. Les premières semaines, je suis resté un peu à l’écart de mes nouveaux collègues. Puis, un soir, comme ils insistaient, j’ai fini par accepter d’aller prendre un pot avec quelques-uns d’entre eux.
» En temps normal, je ne bois jamais d’alcool. Enfin, rarement, et toujours très peu. En fait, avant ce soir-là je n’avais jamais été ivre. (Voyant l’air surpris de son auditrice, il précisa : ) Je vous jure que c’est vrai. C’est d’ailleurs ce qui m’a perdu.
» Après avoir bu un premier verre, un de mes collègues a décidé que c’était sa tournée. Je n’ai pas pu faire autrement que d’accepter un second verre. Bon, disons que je n’ai pas osé. Pas plus que je n’ai eu assez de volonté pour refuser les tournées suivantes.
» Souvent, ceux qui fait quelque chose sous l’emprise de l’alcool déclarent après ne rien se rappeler, vous devez le savoir. (Elle opina.) Pour moi, en tout cas, ce n’est pas tout à fait vrai. Je me souviens de ce qui s’est passé, sauf que j’ai l’impression d’avoir seulement assisté à la scène, de l’avoir vue par les yeux d’un autre. Ce que j’ai oublié, c’est ce qui s’est dit passé un certain stade. (Il sourit faiblement.) Il me reste les images, mais pas le son.
» Bref, je me suis évidemment retrouvé le seul à n’avoir pas payé la mienne. C’est à partir de là que je ne sais plus très bien de ce qui s’est dit, j’étais déjà pas mal parti. Je me souviens d’une plaisanterie désobligeante – ce n’était pas la première fois que j’y avais droit : “Prenez un comptable, enlevez-lui sa table, qu’est-ce qu’il reste ? Un con !”. J’ai probablement répliqué quelque chose qui n’a pas plu à tout le monde, le ton est monté. Si j’avais encore été dans mon état normal, je crois que me serais écrasé, et ça n’aurait pas été plus loin. Là, mes inhibitions avaient sauté, et je me suis emporté. Ça a fini par un coup de boule en pleine figure d’un des mes collègues, il a eu le nez éclaté. On m’a dit le lendemain qu’il avait dû être opéré…
» Avec les lois actuelles, la justice est devenue expéditive. J’ai passé la nuit en cellule de dégrisement et j’ai été jugé dès le lendemain, en comparution immédiate. Malgré mon casier vierge – il ne manquait même pas un point à mon permis de conduire, c’est pour vous dire –, j’ai été condamné pour coups et blessures volontaires à quatre mois de prison ferme, et autant avec sursis. Il faut dire que les autres m’ont chargé un max. Les salauds… Le soir même, je dormais en prison.
» J’aurais préféré découvrir autrement que j’avais, comme on dit “le vin méchant”.
La vieille dame jeta instinctivement un regard vers la petite armoire, au fond du salon. Il s’en aperçut.
— Non, ne vous en faites pas. Je suis bien décidé à ne jamais avoir confirmation de la chose. Je n’ai d’ailleurs plus bu une goutte d’alcool depuis ce temps, et je continuerai. Je n’ai jamais été dépendant, et ce n’est pas la suppression d’un apéritif tous les trente-six du mois qui va me manquer beaucoup.
» Je suis sorti il y a deux semaines. Vous rendez-vous compte que ces quatre mois, je les ai passés sans avoir aucune nouvelle du monde extérieur ? C’est donc par moi-même que j’ai découvert que je n’avais plus rien. Mon emploi, évidemment, mais aussi mon logement. Comme je ne payais plus mon loyer, mon propriétaire a fait saisir le peu de biens que j’avais pour payer les quatre mois écoulés. Quand je suis passé, l’appartement venait d’être reloué.
» Encore une conséquence des nouvelles lois visant à limiter les habitations inoccupées… Officiellement, j’avais “payé ma dette à la société”. En pratique, je continue à payer.
— Autrement dit, vous avez tout perdu pour un simple geste malheureux.
— Pour moi, les vrais coupables sont mes ex-collègues qui m’ont poussé à boire. Sans cela, rien ne serait arrivé. Je me suis même demandé si leur insistance à m’emmener boire avec eux n’était pas plutôt un piège qu’autre chose. Mais eux n’ont légalement rien commis de répréhensible.
— Et dans le parc, vous vous êtes encore enfoncé. Je ne vous demande pas comment vous vous êtes échappé après votre arrestation, tous les médias nous l’ont racontée avec force détails. Quoique… ont-ils été objectifs ?
Il sourit.
— Pas du tout. Vous savez, l’audace et le culot qu’on prête aux prisonniers qui réussissent à s’évader doivent bien souvent cacher l’incompétence des forces de l’ordre, comme dans mon cas. Je ne me suis pas enfui sous leurs yeux, je me suis seulement un peu écarté pendant que mes gardiens causaient entre eux sans se préoccuper de moi. À tout moment ils auraient pu m’intimer de rester à ma place, et ç’aurait été tout. Quand j’ai vu qu’ils étaient complètement l’esprit ailleurs, je me suis levé et j’ai marché jusqu’à l’angle du couloir. Je comptais prétexter un besoin d’aller aux toilettes. Je suis sorti comme ça, tout bêtement, en passant devant le planton pour atteindre la rue.
— Mais vous aviez des menottes, non ?
— Vous allez rire : elles étaient mal fermées. Probablement une cochonnerie dedans qui gênait l’encliquetage. Avec un poignet libre, j’ai pu cacher les bracelets dans mon autre manche. Mais j’avais à peine fait cinquante mètres que j’entendais un bruit de galopade. J’ai pénétré dans une cour qui s’ouvrait juste là, et je me suis caché au fond d’une poubelle à papiers, tout en dessous d’un tas de cartons. Un peu plus tard, quelqu’un a ouvert le couvercle, a un peu farfouillé, puis l’a refermé et est reparti. À tout les coups, c’était un policier, et il ne m’a pas repéré. Pourtant, s’il avait sérieusement fouillé ou seulement fait appel à son équipement infrarouge, il ne m’aurait pas manqué !
La femme secoua la tête, amusée.
— Comme vous dites, ils sont vraiment nuls.
— J’ai attendu la nuit pour ressortir. Depuis, je me cache.
— Mais pourquoi, après votre libération, êtes-vous resté dans la rue ? Vous avez bien une famille ?
— Mes parents ? Je me suis engueulé avec eux il y a cinq ans, et je ne les ai jamais revus depuis. Quand j’ai voulu les contacter il y a un an, ils avaient déménagé et n’avaient pas laissé d’adresse. J’ignore totalement ce qu’ils sont devenus. Tout ce que je sais, c’est qu’à aucun moment ils ne m’ont donné de nouvelles, même quand j’étais en prison. J’avais pourtant laissé plein de traces sur le Wèbe. S’ils s’en étaient servi pour me chercher, ils m’auraient trouvé aisément. Inversement, je n’ai rien pu trouver sur eux. Et moi, j’ai cherché.
— Et à part vos parents ?
— J’ai bien un frère et une sœur, mais eux aussi m’ont battu froid après que je me suis fâché avec nos parents. Et comme ils ne restent jamais deux ans au même endroit, je ne sais rien non plus. Pour finir, mes parents étant tous deux enfants uniques, je ne me connais pas d’autre famille.
Elle se leva.
— Eh bien, mon pauvre garçon, je vais peut-être vous étonner, mais je vous crois. Cependant, je ne peux pas vous héberger, je risquerais trop gros. Je veux bien vous laisser passer une nuit ici – je vais vous montrer la chambre d’amis –, mais demain à la première heure, il faut que vous quittiez les lieux.
* * *

Une demi-heure plus tard, le fugitif, allongé sur un lit moelleux, dort du sommeil du juste.
Son hôtesse se dirige tout droit vers le coin du salon où trône le téléphone filaire qu’elle continue à utiliser par habitude lorsqu’elle n’est pas à l’extérieur.
Elle compose un numéro, attend la sonnerie. Au troisième coup, on décroche.
— Commissariat de police de…
Elle raccroche brusquement.
Non, je ne peux pas lui faire ça. Il a été sincère avec moi, même si c’est parce qu’il ignore qui je suis.
Elle se remémore la scène dans le parc, quatre jours plus tôt. L’homme penché sur un corps, une pierre ensanglantée à la main. Elle, qui se cache derrière un arbre pour alerter la police. Quelques heures plus tard, elle encore qui l’identifie formellement parmi plusieurs « suspects »…
Et maintenant, le « tueur en série » se trouve chez le témoin qui l’a dénoncé ! Si la police l’apprend, elle ne fera pas dans la dentelle… Elle devient pensive.
Elle calcule : il y a eu un meurtre tous les quatre jours, chaque fois dans un quartier différent. Le meurtre du parc voisin était le quatrième. Logiquement, le cinquième devrait avoir lieu… aujourd’hui. Pour la police, le tueur ayant été appréhendé aura modifié son « programme » – pas dans le temps, plutôt dans l’espace. La logique voudrait qu’il commette son prochain forfait dans un cinquième espace vert, donc comment mieux tromper cette logique en « réutilisant » un des quatre premiers ?
Ce qui explique la battue de tout à l’heure dans le parc. La même chose a dû avoir lieu dans chacun des trois autres.
La peine de mort n’existe plus depuis longtemps, mais depuis quelques années le nombre de délinquants appréhendés à être abattus sur les lieux de leur arrestation a, curieusement, considérablement augmenté. Chaque fois, évidemment, la police a agi « en état de légitime défense ». Souvent aussi – trop souvent pour qui réfléchit un peu –, il y a une ou plusieurs victimes innocentes « exécutées par le malfaiteur ».
Pour la « justice », quel merveilleux mobile aurait eu le tueur à venir se venger de sa dénonciatrice. Et quelle magnifique occasion d’éliminer un « serial killer »…
Heureusement que j’ai changé d’avis à temps.
Puis elle blêmit. La police sait qui a appelé quelques instants plus tôt. Quoi de plus simple que de lire le numéro de l’appelant sur l’écran ? Souvent elle a souri en voyant, dans de vieux films ou feuilletons, le criminel raccrocher à la cinquante-neuvième seconde et les autorités jurer parce qu’il leur avait manqué une seconde pour localiser l’appel. Une minute. Dans la réalité, ce doit être le temps nécessaire pour connaître le détenteur du numéro appelant. Avec un portable, il faut probablement encore un peu de temps pour localiser la zone de l’appel. Mais avec un fixe...
Bon, je peux très bien avoir composé un faux numéro, m’être trompé de touche dans le répertoire…
Une image lui revient brusquement en mémoire. En reprenant son équilibre dans l’ascenseur, tout à l’heure, elle a vu le policier sur le trottoir, juste devant la porte.
S’il a identifié mon accompagnateur…
Dix minutes plus tard, elle entend un brouhaha en bas de l’immeuble.
Maintenant, elle sait…
Quand les premiers coups retentissent à la porte, elle est en train de songer au vrai tueur, qui court toujours. Elle se dit qu’ils auront du mal à expliquer le ou les prochains meurtres nocturnes de jeunes femmes dans des espaces verts…

FIN
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MessageSujet: Re: Role Play   Mar 3 Juil 2007 - 20:04

pas mal non plus!
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evelyne44

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MessageSujet: Re: Role Play   Mar 3 Juil 2007 - 21:05

Bravo ! Tu écris vraiment très bien, tu as du style. Ca fait du bien de penser qu'on n'est pas dans le parti de Doc Gynéco ou de Johnny, mais avec des gens qui aiment la culture et qui réfléchissent.
Je repasserai te lire.
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Ayiana

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MessageSujet: Re: Role Play   Mar 3 Juil 2007 - 21:45

Jeune Militant: Je n'ai qu'une chose à dire: ça fait du bien, merci!

Ca fait vraiment du bien de voir des jeunes de ton âge capable d'écrire autre chose que des histoires débiles sur leur dernier téléphone portable et le tout, en langage sms...

Continue comme ça. Very Happy (mais pas forcément par déprime)

Jean-Luc: J'aime beaucoup aussi ^^ On a des artistes dans le MoDem, c'est une bonne chose... car nous, on a les vrais et non les pompes à fric!
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Titony

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MessageSujet: Re: Role Play   Mer 4 Juil 2007 - 21:32

une historiette qui toune autour de la vie et l'oeuvre de mon "double virtuel", Vinlaarie Mortséide, chevalier des ténèbres de son état...

L'Ombre est mon refuge, le Silence mon complice.

Cette devise l'obsédait. Elle guidait tous ses pas, s'incarnait en chacun de ses gestes. Elle, le traqueur de l'Ombre de la redoutée confrérie de l'Am Fah, crucifiée contre ce mur de pierres par ses propres dagues, réduite à contempler le visage souriant de celle qu'elle était venue abattre.
Pourtant, le plan était simple. Ce ne devait être qu'une victime de plus destinée à tomber sous les coups rapides de ses griffes d'argent. Sad Eye, son bien aimé, le lui avait dit. Il ne lui confierait jamais une tâche qui pourrait lui coûter la vie. Avait-il su qu'elle l'avait trahi? Savait-il qu'elle s'était offerte à cette femme rousse? Elle commençait à comprendre. Sa douleur devenait insoutenable. Le démon qui lui faisait face continuait à l'écorcher vive avec un plaisir non dissimulé.

Quelques heures plus tôt, dans une ruelle sale de cet immense et insondable taudis qu'est Kaineng, elle s'était rendue là où Sad Eye devait lui confier sa nouvelle mission. Il l'avait regardée, de ses grand yeux noirs et tristes et lui avait tendu un bout de papier sur lequel étaient écrits le nom et le lieu. Vinlaarie Mortséide, dans la Tour Volante qui était posée près de l'embarcadère. Elle ne savait pas qui était la victime. Elle savait seulement où la trouver. Une étrangère qui était arrivée ici en terrain conquis. Une femme ténébreuse qui avait versé beaucoup de sang. Un obstacle déclaré au grand dessein de l'Am Fah. Nul ne devait les empêcher de mettre leur plan à exécution. Le don obscur de Shiro se rependrait grâce à eux. Dans cet ordre futur, leur maître balafré, ancien yojimbo de l'empereur, leur ferait une place à sa droite.

Il la serra fort contre son corps puissant, elle si frêle et si gracile, contrastait singulièrement avec l'homme. Elle était belle, ses cheveux clairs attachés à l'arrière de sa tête par un petit éventail de soie. Ses yeux verts étaient clos, comme pour mieux ressentir la chaleur de ce baiser que Sad Eye lui donnait. Le salop, il s'était bien foutu d'elle. Elle ne pourrait même pas se venger de lui.
Elle l'avait quitté, avait sauté de toit en toit, se cachant dans les ombres dès qu'une personne aurait pu la voir. Le ciel était menaçant et le tonnerre gronda. Un éclair s'abattit alors à quelques pas d'elle. Elle avait eu de la chance. Son entreprise serait un succès. Elle ne prêta nulle attention à la bicoque qui commençait à prendre feu. Au loin, un second éclair et bientôt un autre foyer puis la pluie qui éteindrait tout. Une onde glaciale mordait ses chairs. Elle touchait au but. Elle s'arrêta quelques instants dans une cache secrète de l'Am Fah, s'y changea, prit une ombrelle. Le bruit sourd de la pluie couvrirait ses pas. Le rideau qu'elle formait la dissimulerait. Tout s'enchaînait favorablement.
Elle observa la tour. Ni garde, ni lumière. Elle attendrait la nuit. Son regard percerait les ombres. Elle frapperait sa victime en silence. Elle ne sentirait rien. Ensuite, elle irait retrouver Sad Eye. La tour était amarrée au plus misérable ponton du port. Une lourde chaîne d'acier la retenait et montait au sommet de son enceinte. Un chemin rapide et facile. Elle parvint au sommet en une poignée de secondes. Elle s'arrêta, surprise, face au cabestan cyclopéen qui retenait la chaîne. Seuls des dizaines d'hommes ou une puissante magie pouvait mouvoir un tel objet.

Elle ne tarda pas. Elle devait trouver le chemin qui la mènerait vers les appartements de cette Vinlaarie. Il n'y avait personne. Soit cette femme était vraiment sure d'elle, soit elle était idiote. Dans tous les cas, la méfiance était de mise. Nam Soon se méfiait des fous et des idiots. Elle arpenta de le longs couloirs, gravit moult escaliers. Elle entendit des pas puis une voix de petite fille.
- Je vais me coucher mère. Il est tard et demain vous devez m'envoyer au monastère de Chinchi.
- C'est Shing Shea, Morgana. Et demain est un autre jour, tu le constateras toi même. Demain , tu auras presque fini de grandir.

Nam Soon entendit la femme tousser. Cette Vinlaarie, malade et affaiblie n'en serait que moins résistante. Les pas de la petite fille se rapprochaient. Nam Soon se plaqua contre le mur et ne fit plus qu'un avec ce dernier. La gamine avait l'air d'avoir huit ou neuf ans. Sa peau était sombre. Son visage d'enfant était masqué à moitié par une frange de cheveux argentés. La suivant, un énorme tigre borgne veillait sur elle.
- Allez Transcience au dodo!
Morgana bâilla en passant devant Nam Soon, laquelle, pendant une fraction de seconde jura que cette gamine lui avait souri. Impossible. Personne ne peut percer le linceul d'ombre de l'Am Fah.
Une chape de silence tomba dans cette place occupée par cette mère et sa fille. Elle la tuerait elle aussi. Par plaisir.

La pièce où devait être Vinlaarie n'était plus éclairée que par une chandelle. Elle était là, assise sur un trône d'os et d'acier d'une esthétique douteuse. Elle était vêtue d'une robe de velours lie de vin. Une statue perdue dans ses pensées. Cette étrangère avait la peau sombre. Son visage impassible inspirait respect et crainte. Elle contemplait le vide de ses yeux argentés. Cette folle n'avait même pas d'arme. C'était donc ça, l'obstacle au plan? Celle qui inquiétait le cercle intérieur de l'Am Fah n'était qu'une petite femme qui se donnait de grands airs de princesse. Elle ne verrait pas sa mort venir.

Elle bondit dans l'ombre et s'abattit sur sa proie en un clin d'oeil. Elle planta une dague dans son coeur et une autre à la base de son cou. Elle voyait les veines de Vinlaarie noircir tandis que le poison entamait sa course funeste vers le cerveau. Elle n'avait pas esquissé le moindre mouvement. Elle la contempla de ses yeux noisettes et lui adressa un sourire narquois. Elle tressaillit de plaisir en voyant la surprise dans les yeux de sa victime. Nam Soon recula tandis que Vinlaarie se levait de son trône. Le chevalier de l'ombre porta sa main vers son coeur et éclata d'un rire cristallin qui emplit la pièce plongée dans la pénombre.

Vinlaarie extirpa les deux dagues et les lança en direction de l'assassin qui parvint à les éviter, y laissant une partie de son armure. Elles se fichérent dans le mur du fond. Îl ne lui restait plus qu'à fuir désormais et à s'ouvrir le ventre dans une ruelle sombre de Kaineng. Elle se retourna et se trouva nez à nez avec sa victime. La pièce baignait désormais dans une intense lumière. Elle n'avait nulle part où se cacher. Elle ferait face à la mort, non sans se battre. Deux autres dagues apparurent dans ses mains. Elle se jeta dans la lutte avec l'énergie qui anime ceux qui savent qu'ils ont déjà tout perdu. Son adversaire jouait avec elle. C'était elle désormais qui souriait.
Vinlaarie lui saisit les mains et retourna les dagues dans les épaules de Nam Soon qui grimaça. Elle la projeta ensuite contre le mur. L'impact était tel, qu'elle avait senti plusieurs de ses os se fracturer. Elle hurla de douleur. Elle était perdue.

Des chaînes d'ombre l'enserrèrent et son armure fut déchiquetée par un sort que Vinlaarie lui jeta. Elle était nue, humiliée.
- Voilà donc tout ce dont l'Am Fah est capable? M'envoyer une débutante... quelle folie, n'est-ce pas? Ne dis rien, fillette. Je savais que l'Am Fah préparait un coup tordu. Je savais que les rues de Kaineng sont profondes et qu'il est très aisé de s'y abîmer. Mais plus profondes encore sont les rues de Neriak. Crois-tu que j'aurais vécu plus de huit siècles si je n'avais pas su me prévenir de gens dans ton genre?
- Je ne te dirais rien! Un Am Fah ne trahit pas les siens!
- Voyons fillette, n'as-tu pas compris qu'on t'a envoyée ici pour te tuer? Tu est ma foi fort naïve.
- Non! Je suis le traqueur de l'ombre de l'Am Fah! Je suis un de leurs atouts les plus précieux!
- Certes... mais tu as trahi... comment s'appelle-t-il déjà? Sad Eye. Tu t'es compromise avec une femme rousse qui dégageait une senteur de soufre et il l'a su. C'était suffisant pour qu'il t'envoie à la mort...
- Comment savez-vous cela?
- Saeko Axiang est ma meilleure amie. Si elle est très douée pour séduire les femmes, elle est tout aussi douée quand il s'agit de répendre la haine dans le coeur d'un homme.
- Si vous m'avez laissé venir jusqu'à vous, c'est donc parce que vous vouliez que je vienne? Pourquoi?
- C'est simple. Je savais que je devais me méfier des Am Fah. Je me suis donc renseignée sur votre organisation, les cercles, les traqueurs de l'ombre... Cependant, je ne sais toujours rien de votre plan général. Il fallait donc que je force un assassin au fait de ce plan à venir jusqu'à moi. Dans la partie d'échecs que je vais livrer ici sur Cantha, j'avais besoin d'une pièce venant de mes ennemis. Une pièce que certains parmi eux se feraient une joie de sacrifier, pourvu qu'ils aient une raison de le faire. Il me fallait autre chose qu'un sous-fifre. C'est tombé sur toi.
- Je ne vous direz rien!

Vinlaarie lui avait parlé avec un détachement qui lui inspirait une peur immense. Elle découvrait que cette femme était une manipulatrice. Elle était en train de lui mentir pour la forcer à parler. Elle ne trahirait pas.
Vinlaarie caressa de son index le corps dénudé de l'assassin. Elle glissait ses mains partout sur son corps en la regardant droit dans les yeux. Elle ne cherchait qu'à l'humilier un peu plus en lui montrant qu'elle était la maîtresse ici. Elle poussa le vice à lui chuchoter à quel point elle était peinée d'abîmer un si joli corps et que ses propres dagues pénètreraient sa peau si douce.
Vinlaarie retira sa bouche de l'oreille de Nam Soon et arracha une des dagues encastrée dans le mur.

- Vois-tu, fillette, l'art délicat de la torture consiste à attendre que la victime ou le bourreau craque le premier. Deux principes fondamentaux vont s'opposer: la résistance de ton corps et ton entêtement à te taire à ma patience et à ma faculté de te faire souffrir sans te tuer. Je sais d'expérience que quelqu'un qui ne sait rien sera prêt à dire n'importe quoi pour que sa souffrance cesse. Je sais a contrario, que quelqu'un qui sait, n'avoue jamais et préfère souffrir mille mort plutôt que de donner satisfaction à son tortionnaire. Cela fait longtemps que je n'ai plus torturé un humain. Alors, même si je me doute que tu te tairas, cela ne doit m'empêcher d'assouvir ce petit plaisir. Je te le promets, si tu avoues, tu auras le droit de me servir. Je ne suis pas un monstre. Cependant, n'oublie pas ceci: si tu es trop prompte à me dire ce que je veux savoir, j'en concluerai que tu n'es pas un allié fiable. Et dans ce cas, je me désintéresserai de ton sort. Je te renverrai auprès de tes anciens maîtres et ils feront de toi ce que bon leur semble. Tu connais leurs méthodes mieux que moi. je te laisse seule juge. Es-tu prête?
- Je préfère souffrir mille morts!
- Tu souffriras, fais-moi confiance.

Vinlaarie approcha la dague des ongles de Nam Soon et les fit sauter un à un, lentement, lui martelant à chaque fois: "Que sert l'Am Fah?". Chaque ongle ainsi ôté arrachait un cri de douleur à l'assassin. Ensuite, elle enfonça la dague dans ses mains, dans ses flancs. L'assassin sentait en elle la froideur du métal. Il la pénétrait, lui arrachant un gémissement. Et Vinlaarie Mortséide qui en retirait un plaisir quasi sexuel passait sa langue sur les plaies qui saignaient lègèrement. Elle la faisait souffrir mais prenait soin de ne pas lui donner un coup qui lui soit fatal ou qui précipiterait sa mort. Elle fixait stoïquement le trône d'os et d'acier qui était de l'autre côté de la pièce. Trop occupée à souffrir, elle ne vit pas la fillette entrer dans la pièce.
- Mère, je n'arrive pas à dormir à cause des cris de cette femme.
- Morgana ma chérie, voici la personne dont je t'ai parlé. Tu sais, celle qui devra veiller sur toi quand tu feras ton apprentissage au monastère de Shing Shea. Enfin, si elle se montre digne de cette tâche.
- Mère, cette femme m'indispose déjà. Vous m'avez dit qu'une Mortséide n'avait besoin de personne pour la protéger. Je vous en prie, laissez-moi lui arracher son coeur pour mettre fin à son supplice. Le coeur des humains encore palpitant est le mets que je préfère.
- Je le sais mon enfant. Fais-moi confiance, je ne fais cela que parce que je n'ai aucune confiance en ce Togo auquel je suis obligé de confier ton apprentissage. Et nous aurons besoin de cette femme dans un avenir proche. Si tu n'arrives pas à dormir, tu peux toujours regarder. Tu verras, c'est un spectacle édifiant...

Nam Soon était entrée en enfer en acceptant ce travail. Un boulot rapide et facile, tu parles! Sad Eye, je te le ferai payer si je me sors d'ici. Je dois résister. JE NE DOIS PAS MOURIR entre les griffes de ces monstres.
Vinlaarie continua le supplice en lui épluchant la peau des doigts, méthodiquement et silencieusement. Pendant des heures elle ravagea son corps en l'écorchant et en brûlant la chair ainsi mise à vif. Elle avait cessé de la questionner, lui rappelant qu'elle avait été trahie par ceux qui l'avaient envoyé ici. Sa voix était si posée, si douce... cette femme userait de tous les moyens physiques et psychologiques pour arriver à ses fins.
La lumière de l'aube pénétrait désormais dans la pièce. Son corps n'était plus qu'une plaie puante. Elle avait repoussé les limites de ce qu'un humain pouvait endurer. Elle céda, non pas à cause de la douleur. Tout simplement car elle n'avait pas d'autre choix. Les Am Fah l'avaient condamnée et cette femme lui avait offert de la servir.

Qu'il en soit ainsi.
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